dimanche 6 février 2011

Rencontre avec le chorégraphe et danseur Hafiz Dhaou

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Aujourd'hui 4 janvier 2011, J' ai retrouvé devant notre école primaire Hafiz Dhaou, mon ami d'enfance. Je n'y étais pas retournée depuis 1986. Plusieurs de nos maîtresses d'écoles toujours fidèles au poste étaient heureuses de nous revoir.

En les quittant nous nous sommes dirigés vers le bâtiment jouxtant l'école dont la cours était séparée de la notre par un simple grillage dans les années 80. C'était l'endroit où je suivais des cours de danse le soir en sortant de l'école. Aujourd'hui la salle de danse avec ses immenses miroirs a été transformée en classe de maternelle.

Beaucoup de souvenirs sont remontés à la surface de nos vies et je souris en pensant que c'était moi qui durant notre enfance suivait des cours de danse et que aujourd'hui j'étais avec mon ami qui lui est un danseur accompli. 

Quand j'étais petite son nom de famille m'interpellait beaucoup Dhaou , lumière je me suis toujours demandée d'où ce nom pouvait bien venir et je me disais que ça lui allait bien. Il était toujours rapide comme la lumière; surtout pour les bêtises et pour aller faire sonner la cloche de l'école.

J'ai changé d'école, puis de pays. Nos pas se sont séparés puis retrouvés au début des années 2000 dans un petit café à Sidi Bou Said.  Hafiz était accompagné de Aïcha M'barek sa partenaire à la scène et à la vie.

Depuis quand je l'ai pu je les ai suivis  à travers plusieurs spectacles à Toulon, Lyon, Paris, Tunis. A chaque fois je suis transportée dans leur monde que l'on sent plein de douceur, de sensualité mais aussi de souffrance et de questionnement.

Leurs spectacles interrogent le spectateur sans le laisser indifférent.

Pour les actualités , Kawa, aux Hivernales d'Avignon du 24 février au 5 mars, Un des sens, du 23 au 26 mars au Théâtre de Chaillot à Paris.

interview de Aicha et Hafiz à propos de leur spectacle Kawa 


Sanda BARBOURA



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Extraits des Irockuptibles . Propos recueillis par Fabienne Arvers
Les danseurs tunisiens Hafiz Dhaou et Aïcha M’Barek racontent leur révolution
24/01/2011


Hafiz Dhaou et Aïcha M’Barek : Celui qui dit qu’il savait est un menteur. Mais depuis plusieurs années, toute une génération essaye de travailler dans un contexte délicat : aucune garantie sur la faisabilité de nos projets, toujours la veille pour le lendemain, l’incertitude… Tout ça nous a aidé à créer, à inventer d’autres systèmes en l’absence du système lui-même. Kawa n’est pas inspiré de Mahmoud Darwich, mais là où sa poésie intervient, c’est dans Mémoire pour l’oubli où il nous parle avec des mots très simples de son amour pour son café, de son amour pour sa patrie, pour la vie, de sa souffrance de rester à Beyrouth. Il disait qu’il se transformait et passait d’un être rampant à un être de raison…
Les prémisses de Kawa sont nées bien avant, quand nous avons travaillé et invité chez nous, à Tunis et à Grenoble, des étudiants en sociologie et en mathématiques à venir travailler avec des étudiants tunisiens pendant le mois de Ramadan. Pour faire ce projet, il nous a fallu un an et demi de travail avec nos amis tunisiens et l’université de Grenoble. De cette rencontre est née une pièce de 30 minutes, Mon corps est mon pays. Nous avons essayé de contourner le système, nous n’avions aucune garantie de succès et à chaque session de travail, nous disions que nous allions arrêter et chaque fois, on ne sait par quel miracle, les choses se dénouaient.
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Extraits du Journal Libération - 30/01/2011
Tunisie. Hafiz Dhaou: "enfin se projeter à plus de six mois"




Hafiz Dhaou, né en 1976 à Tunis, commence la danse avec le hip-hop avant de rejoindre l'école et la compagnie de Syhem Belkhodja. En 2 000, il obtient une bourse d'étude de l'Institut Français de Coopération de Tunis pour suivre les cours du Centre national de danse contemporaine d'Angers. Avec Aïcha M'Barek qui a sensiblement le même parcours de danseuse, ils créent à Lyon en 2 005 la compagnie Chatha. Lors du départ de Ben Ali, ils présentaient la première de Un des sens, une chorégraphie pour les danseurs du Ballet de Nancy. Ils prennent la direction artistique des Rencontres Chorégraphiques de Carthage, pour leur dizième édition en mai prochain. Entretien.


«Vus de Nancy, les événements nous paraissaient incroyables. On avait les informations officielles par les chaînes publiques, les officieuses par la famille, les amis et le réel par les images sur Facebook. Au moment où l'on devait savourer cet instant de la dernière ligne droite qu'est la première d'un spectacle, on était comme des somnambules. On ne voulait pas tomber dans l'euphorie collective sans départager le juste de la rumeur mais on n'était pas non plus mentalement à Nancy. Il fallait envoyer un message direct aux Tunisiens, en temps réel, ce qu'on a fait par une annonce dans la salle pour dire on est avec vous.
 Bourguiba, Ben Ali depuis qu'on est tout petits, on ne voit qu'eux, ce sont nos modèles. On a réussi à créer en trouvant des failles dans le système qui ne se méfiait pas des jeunes, ni de la danse. Pour eux, on faisait de l'animation et de ce fait on était récupérés par le régime. On dansait dans les grandes fêtes nationales, dans les hôtels. Toutes les occasions étaient bonnes pour préserver cet espace de danse dans la rue.


Notre venue en France nous a fait du bien, elles nous a obligés à couper le cordon ombilical. En Tunisie, finalement, on faisait du travail à la chaîne, on était asphyxiés par le quotidien et on n'avait pas le temps nécessaire pour réfléchir à la création vraiment artistique. On donnait l'impression qu'il y avait une activité culturelle, c'était « folklorique » comme le jasmin et la Fram. 
Un pied en France, ou à l'étranger pour les tournées, un pied en Tunisie où nous allons enfin pouvoir déposer notre association, nous avons commencé à travailler sur des sujets intimes qui nous racontaient vraiment: l'emprisonnement, le concubinage, l'anonymat...
Il a va y avoir un lavage de linge sale, chacun va vouloir expliquer sa stratégie, ceux qui sont restés, sont qui sont partis. Chacun a été défectueux. Les blocages étaient multiples.
Il faut aider aujourd'hui la multiplicité. Nous sommes là pour le faire. Apprendre à décider et à dire. Et élaborer un vrai statut pour les artistes. On a tous payé de notre poche. La première fois que l'on a touché un cachet en Tunisie, c'était en 2 008 pour l'opération Danse L'Afrique Danse (pilotée par Culturesfrance et les Rencontres Chorégraphiques de Carthage)....

1 commentaire:

  1. Quel bonheur de voir danser Hafiz et Aicha ! Ils rayonnent, et c'est contagieux !

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